Le gaz, arme géopolitique incontournable pour la Russie

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Partout dans le monde, l’énergie est au cœur des relations. Facteur de richesse, de rapprochement diplomatique ou de conflit, cette ressource peut être facteur d’instabilité. C’est notamment le cas entre la Russie, producteur de gaz naturel, et demain de gaz de schiste, et l’Ukraine, pays dépendant de l’énergie voisine.

La Russie affirme sa puissance

Fin novembre, il était prévu que l’Ukraine et l’Union européenne formalisent leur rapprochement par le biais d’un accord d’association. Après des mois de débats parfois houleux, les deux parties semblaient enfin proches d’un accord historique. La Russie, voyant d’un très mauvais œil le tournant de ce pays voisin vers l’Ouest, a fait pression pour faire capoter l’opération. L’Ukraine relève de l’influence du Kremlin et Vladimir Poutine l’a fait savoir au monde.

Face aux armes commerciale et énergétique, Viktor Ianoukovitch, président ukrainien, a plié. De fait, des mesures douanières restrictives ainsi que la fermeture du robinet de gaz auraient des conséquences dramatiques pour Kiev. « Sans le gaz russe, l’Ukraine n’a pas suffisamment d’approvisionnement de gaz en vue de répondre à sa demande. Le pays importe toujours 60 % du gaz consommé de la Russie, soit 32 milliards de mètres cubes par an », explique Oleksii Leschenko, vice-président de l’institut Gorshenin.

Cette situation de dépendance énergétique est extrêmement dommageable pour l’Ukraine, qui n’est par conséquent pas entièrement maître de son destin. Le pays paye en outre un prix exorbitant pour ce gaz. En comparaison, la Biélorussie, Etat ayant résolument fait le choix de se mettre dans le giron de Moscou, s’acquitte de factures 40 % moins élevées. A cet égard, Naftogaz, la compagnie gazière ukrainienne, est, à intervalle régulier, contrainte de négocier des délais avec Gazprom pour régler ses factures.

En octobre, Gazprom a ainsi réclamé le paiement d’un montant de 649 millions d’euros pour la livraison de gaz naturel pour le mois d’août dernier. Accroissant la pression sur Kiev, l’entreprise a indiqué qu’elle pourrait demander le règlement des factures en avance à l’avenir. Derrière ces manœuvres, Vladimir Poutine cherche à affirmer une influence durable sur l’Ukraine afin de s’assurer d’une domination régionale sans interférence européenne.


Le gaz de schiste pour l’indépendance

Dans l’immédiat, la situation est grave en Ukraine. Pris entre le marteau et l’enclume, le pays ne peut raisonnablement tourner le dos à son puissant voisin. Le rejet (temporaire) de l’accord d’association s’est imposé au gouvernement, mais a entrainé des manifestations colossales à Kiev. Le peuple ukrainien demande un avenir européen. Pour que ce désir se réalise, l’une des principales pistes est la course à l’indépendance énergétique. De quoi accélérer l’exploitation du gaz de schiste, dont les réserves pourraient être considérables en Ukraine, avec près de 3 000 milliards de mètres cubes. Un contrat avec le géant Chevron a d’ores et déjà été ratifié.

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