Gaz de schiste : les Etats-Unis avaient raison

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Les Etats-Unis ont d'ores et déjà gagné leur pari sur le gaz de schiste. Economies, indépendance énergétique et industries favorisées, les points positifs dépassent les espérances. 

Vilipendés par une bonne partie de l’opinion publique internationale, les Etats-Unis peuvent aujourd’hui afficher un grand sourire de contentement. La stratégie de développement du gaz de schiste est une réussite industrielle et économique qui va au-delà même des objectifs affichés. Aujourd’hui le pays est exportateur net d’hydrocarbures, le coût de l’énergie a diminué et certains secteurs en profitent à plein pour distancer la concurrence étrangère. 

Une baisse historique des prix du Brent

Lorsqu’au milieu des années 2000 la production de gaz de schiste a pris son envol (passant de 4,9 à 8,6 millions de barils jour), deux camps radicalement opposés se sont fait entendre. D’un côté, les anti, très présents dans les médias, et annonçant les pires catastrophes écologiques pour un rendement économique nul. De l’autre, les pro, convaincus que cette ressource dont l’exploitation n’est pas facile changerait la donne énergétique mondiale. Il faut croire qu’en cette fin d’année 2014, la vision « optimiste » est la plus proche de la réalité.

La production américaine (en intégrant les gaz de pétrole liquéfiés) dépasse désormais celle de l’Arabie Saoudite et de la Russie avec plus de 11,5 millions de barils jour. Le consommateur américain s’en réjouit avec un prix à la pompe inférieur à 90 centimes de dollar le litre. Les automobilistes français commencent aussi à ressentir les effets positifs de cette baisse avec un prix à la pompe pour le gazole (lequel représente 80 % des véhicules) de l’ordre de 1,22 centimes d’euro le litre. Tout le monde profite donc de la baisse, mais c’est logiquement dans le pays qui a décidé de l’exploitation du gaz de schiste que les effets positifs se vérifient avec le plus de force.

Le mouvement n’est pas prêt de s’arrêter puisque l’Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA) a récemment annoncé que les trois plus importants gisements - Bakken, Eagle Ford et Permian Basin - devraient augmenter de quelque 103.000 barils par jour en janvier par rapport à décembre. A contrario du scénario élaboré par les cassandres du gaz de schiste, cette énergie est plus abondante qu’estimée et ne semble pas être un coup d’esbroufe. Les prix, en baisse de 40 % en 2014, devraient continuer leur chute historique, bien aidés en cela par une OPEP qui a opté pour une stratégie risquée.

Le Brent s’échange aujourd’hui aux alentours de 65 dollars, car l’arrivée des Etats-Unis comme géant du pétrole a augmenté sensiblement l’offre au niveau mondial alors que la demande baisse en raison de la morosité économique. Les prix dévissent donc et la guerre engagée par l’OPEP contribue à ce mouvement baissier. En décidant de ne pas réduire sa production malgré les demandes de certains Etats comme le Venezuela, l’OPEP envoie un signal fort aux Etats-Unis : la guerre du pétrole aura bien lieu. D’abord sous-estimée, la « menace » gaz de schiste est désormais prise au sérieux par les pays du Golfe qui voient dans l’effondrement des prix, la solution à la perte d’influence du gaz de schiste. Ce dernier reste plus difficile à produire que le pétrole du Golfe, et arrivé à un certain seuil, c’est toute la production américaine qui pourrait devenir non compétitive.

2015 : une autre année record ?

Reste encore à déterminer à quel prix le gaz de schiste ne sera plus intéressant à exploiter et combien de temps l’OPEP pourra se permettre de jouer sur des prix à la baisse. La fin de l’année impose le petit jeu délicat de la prospective. Que se passera-t-il en 2015 ? Notre boule de cristal indique que l’année prochaine devrait suivre la même tendance. La production américaine ira en s’amplifiant (au moins jusqu’au premier semestre) alors que l’OPEP continuera de jouer à la baisse avec les prix. Une bonne nouvelle pour la croissance mondiale dans la mesure où une énergie moins chère peut participer de la reprise économique. Les mieux lotis étant les entreprises américaines dont les besoins en énergie sont très importants. Ainsi, la chimie connaît une période faste outre-Atlantique où la production d’une tonne d’éthylène coûte aujourd’hui deux fois moins cher qu’en Europe. L’industrie chimique américaine se frotte les mains et multiplie les projets au détriment d’une concurrence internationale qui ne peut suivre le rythme.

Les Etats-Unis avaient donc raison lorsqu’ils ont fait le pari du gaz de schiste. Les pourfendeurs de cette énergie pourront toujours crier victoire au moindre à coup, mais il est désormais évident que le choix américain était le bon. La reprise américaine « est là », l’indépendance énergétique aussi. Tout se dont rêve une Europe atone et à la merci de la Russie et des pays du Golfe. 

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