L'Inde, prête pour le gaz de schiste ?

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L'Inde a encore du chemin avant de pouvoir extraire prudemment et durablement son gaz de schiste. Tout dépendra de son système régulatoire et de sa capacité à investir pour acquérir les ressources et les infrastructures nécessaires à cette activité.

L'appréhension est forte quant à la nouvelle politique du gaz de schiste prochainement en vigueur selon les dernières annonces du ministre du Pétrole et du Gaz naturel. L'Administration de l'information en énergie estime les réserves exploitables de l'Inde en gaz de schiste à 1700 milliards mètres cubes or, actuellement, la consommation annuelle du pays en gaz est de 56 milliards de mètres cubes.
 

Nul n'ignore que le développement du gaz de schiste aux Etats-Unis a dynamisé et boosté son économie, accroissant les productions manufacturières grâce à la baisse des prix du gaz. Le gaz de schiste pourrait-il être la panacée pour les besoins en énergie de l'Inde ? Pourra-t-telle jouir de la même transformation que les Etats-Unis ? Pour répondre à ces questions, il est d'abord important de comprendre ce qu'est le gaz de schiste, la manière dont il est extrait, quels sont les écueils et enfin, il est fondamental de s'inspirer de l'expérience des autres pays.


Il y a deux sortes de ressources en gaz naturel – conventionnelles et non conventionnelles. Le gaz naturel conventionnel est semblable à un grand ballon de gaz piégé sous le sol. Pour l'extraire, il est nécessaire de creuser un puits,  de percer le ballon et d'en récupérer le gaz. Trouver ces gros ballons et forer à la bonne place et à la bonne profondeur pour extraire un maximum de gaz est une science et un art qui ont été exécutés avec succès par les plus grandes sociétés pétrolières et gazières du monde. Tandis que les plus petites entreprises, plus entrepreunariales, étaient à la recherche de gaz non conventionnel, lequel se présente sous trois formes : gaz étanche, méthane de houille et gaz de schiste.

Le gaz de schiste n'est pas affilié à l'analogie du ballon mais davantage à de petites bulles de gaz emprisonnées à l'intérieur d'une roche de schiste imperméable qui, sous la terre, s'étend sur plusieurs kilomètres. Pour l'extraire, il faut creuser un puits pour pénétrer le schiste avant de prendre un virage à 90° et creuser un sillion dans la roche parallèle au sol, c'est ce qu'on appelle un puits horizontal. L'eau (mélangée à des produits chimiques et autres additifs) est ensuite injectée sous haute pression à travers le puits horizontal pour fracturer le schiste, une activité nommée « fracking » ou « fracturation » en français. La fracturation déplace les bulles de gaz qui s'agglomèrent à la surface à travers le puits horizontal.

L'extraction du gaz de schiste est donc très différente de la production de gaz conventionnel. Il y a, à la place d'un seul gros ballon, des millions de bulles s'éparpillant tout le long de la terre. Contrairement au gaz conventionnel, où le forage d'un puits « parfait » est inenvisageable, les réserves en schiste sont plus faciles à trouver et à forer : les puits horizontals sont creusés rapidement puis connectés au gazoduc; le gaz est extrait puis transporté vers une nouvelle parcelle de terre.

Ce savoir-faire technique n'est pas encore bien maîtrisé en Inde mais ne doit pas être sous-estimé : les sociétés GAIL, OIL et RIL ont déjà commencé à investir dans le gaz de schiste américain et le personnel local s'affaire à la mise en place de capacités techniques.

Le défi de l'Inde est donc sa capacité à exploiter ses ressources et à établir un système de régulations pour un développement durable. Un défi auquel certains pays européens sont aussi confrontés. La technique de fracturation hydraulique a été interdite dans plusieurs pays d'Europe et certaines sociétés ont même revu à la baisse leurs prévisions. Les Etats plus impliqués dans cette course au schiste revoient également leur politique. Les Etats-Unis et le Royaume Uni mènent des études et modifient leurs indications à propos des produits chimiques et des additifs utilisés lors de la fracturation. La Chine, quant à elle, rendra bientôt publique une nouvelle politique en matière de gaz de schiste pour rentabiliser ses investissements et renforcer les contrôles environnementaux.

En définitive, le gaz de schiste a un certain potentiel mais n'est pas le remède miracle qui mettra un terme à la crise énergétique de l'Inde. Et bien que ce pays a besoin d'une politique pour réguler les activités du schiste, cette politique doit être holistique et incorporer les leçons apprises grâce aux expériences d'autres pays plus avancés dans l'extraction et l'exploitation du gaz de schiste. Comprendre les défis auxquels ils ont fait face pour l'eau, pour la terre, permettra à l'Inde de créer une politique plus solide qui lui servira sur le long terme.
 

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