Focus : l’Ohio et le gaz de schiste

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On parle ces dernières années d’une « révolution du gaz de schiste » aux Etats-Unis. La découverte de ce nouvel or noir, associée au développement de la technique d’extraction par fracturation hydraulique, est venue bouleverser non seulement le secteur de l’énergie, mais aussi la vie locale à proximité des gisements de schiste. L’Etat de l’Ohio est exemplaire pour comprendre l’avènement de cette ruée vers l’or noir.

Les temps de la découverte

Marcellus et Utica sont les noms données à deux énormes gisements de gaz de schiste des Etats-Unis, qui s’étendent sur huit Etats, de New York au Tennessee en passant par l’Ohio. Encore récemment, on ne disposait pas d’une technologie suffisante pour accéder à Utica, situé à 2,3 km de profondeur.

Mais depuis, la technique de la fracturation hydraulique a été mise au point, pour extraire les gaz enfermés dans ces roches profondes. Durant la décennie qui vient de s’écouler, l’exploitation de cette ressource énergétique, dites non conventionnelle, contribuait à faire chuter le prix du gaz de 75 % pour les foyers américains, alors qu’il augmentait de 65 % en France.

Le pétrole de schiste qui se trouve dans le gisement d’Utica en Ohio a d’abord incité les compagnies pétrolières et gazières à fermer leurs puits de Pennsylvanie pour se délocaliser en Ohio. On compte aujourd’hui 129 forages, dont 27 sont opérationnels. Les autres sont utilisés pour la prospection.

Les grands noms de compagnies se sont installés sur les lieux, tels que BP, Exxon, Shell, Total ou Chesapeake. Le groupe métallurgique français Vallourec se charge de produire surplace les pipelines qui jalonneront prochainement la région. L’investissement initial s’élève à 650 millions de dollars et a permis de créer 350 emplois.

Fermiers locaux et géants pétroliers

Les géants pétroliers et gaziers ont signé de nombreuses concessions avec les fermiers locaux, et obtenir ainsi des droits d’exploitation. Brad Hillyer, avocat spécialisé dans les négociations pétrolières, a déjà traité beaucoup d’affaires de ce genre ces dernières années. Il explique qu’il « faut compter de 5 200 à 5 700 dollars l’acre (0,4 hectare) sur une période de 5 ans. » « Un de mes clients, précise-t-il, a reçu un premier chèque de 157 000 dollars et je n’ai rien vu passer depuis en dessous de 90 000 dollars. »

Mais le jackpot de ces fermiers locaux se trouve surtout dans les royalties qu’ils peuvent toucher. Le dividende du propriétaire du terrain, indexé sur les revenus de la production en gaz de schiste lorsque les puits sont opérationnels, peut rapporter des millions dès la première année d’exploitation. James Pham, un avocat de Californie, rapporte que « les royalties étaient d’environ 12,5 % avant 2010 […]. On est désormais à 20%, et ce n’est qu’un début. »

En 2008, les campagnes de l’Ohio s’enlisaient dans la crise de la métallurgie, de l’industrie automobile et du crédit immobilier. Mais ces derniers temps, on sent le retour de la prospérité économique. Brad Hillyer confirme que « les montagnes d’argent versées par Chesapeake et les autres foreurs aux propriétaires sont en train de doper littéralement l’économie locale. »

Jerry James, président de l’Ohio Oil and Gas Association, explique que « cela crée des emplois, réduit notre dépendance en pétrole étranger et soulage le fardeau fiscal des villes ». 200 000 emplois pourraient voir le jour grâce à l’exploitation du gaz de schiste d’ici à 2015, estiment les plus optimistes, et 22 milliards de dollars de revenus pourrait être générer.

En quatre ans, le chômage est descendu à 7,2 % en Ohio, alors qu’il est de 7,8 pour le pays. Plus globalement, les Etats-Unis ont augmenté leur production, pour passer de 5 à 6,2 millions de barils bruts de pétrole par jour, ce qui a permit de réduire la dépendance énergétique du pays de 42 %.

Les tremblements de terre de 2011

Mais la fracturation hydraulique n’a pas forcément bonne réputation dans certains endroits de l’Etat, surtout après des vagues de secousses telluriques qui ont eu lieu en 2011. Au cours de cette année, la ville de Youngstown a subi onze tremblements de terre, et tous de magnitude 4 sur l’échelle de Richter.

On sait que les règles d’exploitation existantes ont été violées par certaines compagnies, notamment en laissant des produits chimiques s’infiltrer, et en forant en dessous du seuil de profondeur autorisé, à savoir 2 700 mètres. Un moratoire dans la ville a depuis été mis en place pour le site des environs de la ville, mais certains espèrent tout de même que son exploitation puisse bientôt reprendre. Les habitants de la ville sont désormais partagés, entre le désir d’un développement économique et la peur de risques environnementaux.

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