Gaz de schiste : entre obscurantisme et espoir

fracturation hydraulique  journées annuelles des hydrocarbures  ghislain de marsily  louis gallois

L’industrie pétrolière et gazière française pâtit d’une image écornée auprès des Français. Vue comme trop fortunée et puissante, leur activité est jugée contradictoire avec l’impératif des enjeux environnementaux actuels. Concernant les gaz de schiste, la situation est encore plus exacerbée. Le haro autour de la fracturation hydraulique a conduit au rejet total de ce gaz non conventionnel, comme à l’interdiction de toute démarche de recherche conventionnelle. Un choix discutable, tant sur le plan scientifique qu’économique.

L’opinion publique focalisée sur la fracturation hydraulique

Si l’image des compagnies pétrolières et gazières auprès du grand public est aujourd’hui assez écornée, c’est principalement en raison de la perception de son opacité. En effet, les Français estiment que si les profits de cette industrie sont bel et bien visibles, l’investissement de ces acteurs économiques est plus difficile à identifier. Un manque d’informations et de pédagogie qui renforce la mauvaise perception de l’opinion publique.

Très basse, leur cote de popularité se situe par exemple loin derrière celle du secteur informatique. Mais la filière reste toujours extrêmement attractive pour les professionnels. L’ouverture sur le monde, les voyages, le nombre important de métiers, le caractère stratégique des missions ou encore les niveaux de rémunération attirent les talents, comme les jeunes, à rejoindre l’univers de l’industrie pétrolière ou gazière.

Concernant la perception du gaz de schiste, les Français associent principalement l’exploitation du gaz de schiste aux risques environnementaux. La consommation d’eau, la pollution des nappes phréatiques, ou encore les émissions de gaz à effet de serre demeurent des préoccupations majeures.

Néanmoins, les perspectives de l’indépendance énergétique et de la création d’emplois sont de plus en plus présentes dans leur esprit. Entre août 2012 et mars 2013, la connaissance déclarée du gaz de schiste par les Français interrogés a augmenté de 10%, tandis que la perception favorable des arguments économiques a elle aussi progressé. Par ailleurs, le Baromètre de l’industrie, publié par l’IFOP, indique également que les Français se déclarent à 58% favorables à l’exploration scientifique du gaz de schiste. Et dans le cas de l’émergence d’une autre technique d’extraction, ils seraient plus de 80% à vouloir procéder à l’exploitation. Il est probable que la réussite américaine en la matière ainsi que les importants gains financiers qui en ont découlé aient fait peu à peu progresser l’idée qu’une production nationale raisonnable et efficace serait possible.


Des techniques maîtrisées pouvant donner lieu à une exploitation raisonnable

Intervenants aux Journées annuelles des hydrocarbures (JAH), qui se sont tenues les 23 et 24 octobre au Palais des Congrès de Paris, Ghislain de Marsily et Christian Gorini, professeurs à l’université Pierre et Marie Curie, sont revenus sur la technique de la fracturation hydraulique. Les deux scientifiques ont présenté cette technique sous un jour nouveau, assurant que les industriels français disposent du savoir-faire nécessaire en matière d’innovation pour l’utiliser de manière efficiente.

En France, seule l’utilisation d’eau de mer ou d’eau saumâtre, donc impropre à la consommation, est envisagée. De plus, selon eux, le risque de pollution des nappes phréatiques est minime dans la mesure où les forages s’effectuent à des profondeurs telles que les aquifères, situés proche de la surface, ne peuvent être atteints et contaminés. Ces opérations pouvant en outre être surveillées par un suivi microsismique. Enfin, Ghislain de Marsily a également mis en avant les potentialités de la séquestration du CO2. Une technique certes coûteuse, mais d’ores et déjà disponible et permettant de limiter considérablement les émissions de gaz à effet de serre.

Comparable à la gestion des déchets nucléaires, son acceptation par les responsables politiques et les citoyens est cependant encore loin d’être acquise. « L’opinion publique n’est pas convaincue de la faisabilité de la séquestration du CO2 », regrette le Pr. de Marsily, qui souhaite que cette technique soit « prise en charge par l’industrie pétrolière ». Par conséquent, ce membre de l’Académie des sciences plaide en faveur de l’organisation d’un débat national et dépassionné autour des gaz de schiste, visant à contrebalancer la voix des « marchands de doutes ».

Une ressource compatible avec la transition énergétique

Prisonniers du temps électoral, les pouvoirs publics ont délaissé le long terme au profit de choix immédiats. La levée de boucliers contre la fracturation hydraulique a poussé le politique à légiférer dans l’urgence. Cette décision a prolongé le flou quant aux ressources réellement existantes et a stigmatisé une technique utilisée par l’industrie pétrolière depuis les années 1940. En définitive, au moins à court terme, la France se prive d’une énergie supplémentaire qui pourrait contribuer à la diversification de son mix énergétique et à la transition énergétique.

En effet, sans s’être formellement engagés dans cet effort, les Etats-Unis ont réduit leurs émissions de gaz à effet de serre grâce à l’exploitation du gaz de schiste : le recours au charbon ayant considérablement diminué. D’un point de vue global, la consommation d’énergie étant appelée à augmenter au cours des prochaines décennies, ce gaz non conventionnel pourrait être une alternative intéressante pour éviter l’utilisation de certaines énergies particulièrement plus polluantes. Et, dans le cas de la France, le gaz de schiste soutiendrait la politique de réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité.

En accord, industriels, scientifiques et observateurs avisés, comme Louis Gallois, commissaire général à l’investissement, également présent aux JAH 2013, jugent absurde cette situation de blocage, qui se propage jusqu’aux explorations conventionnelles. « Peut-être qu’un jour le réalisme nous portera à exploiter notre propre gaz plutôt que de l’acheter à M. Poutine ou à M. Bouteflika », a conclu avec force l’ancien patron d’EADS.

Réactions et commentaires
Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier !
Déposer un commentaire