Focus : le tabou du gaz de schiste en France

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Alors que les Etats-Unis ont connu leur « révolution du gaz de schiste », plusieurs pays dans le monde portent à leur tour de sérieux espoirs sur ces hydrocarbures non conventionnels et s’orientent progressivement vers leur exploration et exploitation. Au contraire, ce sujet est devenu un véritable tabou en France, conséquence d’une désinformation persistante et d’un principe de précaution qui tranchent les choses avant même de s’autoriser à les connaître.

Christophe de Voogd, historien des idées politiques et enseignant à Sciences Po, aborde ce tabou du gaz de schiste en France dans un long article paru dans Atlantico, évoquant notamment les questions de la désinformation et du principe de précaution.

Une désinformation persistante

L’exploitation du pétrole et du gaz de schiste s’accompagne en France de nombreuses idées reçues qui s’avèrent souvent erronées. Malheureusement, les médias sont souvent là pour relayer et populariser de simples opinions, plus que pour chercher des informations solides en la matière. C’est ainsi que s’accumulent les clichés intempestifs.

Quand on songe au gaz de schiste, on voit des images d’apocalypse, avec des robinets qui se mettent à cracher du feu. Mais il a été prouvé depuis que ce robinet, désormais fameux avec son feu, appartenait à un forage d’eau dans l’état du Colorado. On peut aussi voir des cohortes de camions et pelleteuses dans les carrières de sables bitumineux, engluées dans un sol visqueux, mais qui n’ont aucun rapport avec des forages de roches profondes.

A côté de cet imaginaire trompeur, on a aussi tendance à oublier trop rapidement certains détails pourtant importants. On oublie que la technique maîtrisée du forage horizontal est aujourd’hui utilisée pour les hydrocarbures conventionnels. On oublie que la fracturation hydraulique s’effectue entre 2000 et 4000 mètres de profondeur, alors que les nappes phréatiques se situent quant à elles entre 200 et 500 mètres de profondeur.

Entre des images diaboliques qui sont associées à tort et des oublis un peu trop rapides et faciles, le sujet du pétrole et du gaz de schiste connaît une désinformation des plus persistantes, favorisant malheureusement l’opinion à l’investigation.

Le principe de précaution

Les écologistes exercent une forte pression sur ce sujet. A défaut de pouvoir s’occuper du dossier sur le nucléaire, le pétrole et le gaz de schiste sont devenus le cheval de bataille des Verts. Ils se sont véritablement approprié ce sujet, au point que plus personne ne peut s’en approcher, ne serait-ce que pour étudier la question. C’est une forme de sacralisation de la cause écologique au point de devenir tabou, avec cet avantage de stopper net les débats.

Au-delà de la position politique, les difficultés techniques et les risques pour l’environnement sont cependant bien réels. Des incidents graves ont eu lieu aux Etats-Unis et la question des produits chimiques qui sont utilisés pour la fracturation hydraulique n’est pas négligeable. C’est donc une technologie risquée, mais qu’il ne faut  pas diaboliser à outrance. On sait que les risques pour l’environnement restent sans commune mesure avec un accident nucléaire.

En France, le principe de précaution a aboutit à l’interdiction stricte de l’exploitation et de l’exploration du pétrole et gaz de schiste. Alors que les Etats-Unis sont en train de réduire de manière spectaculaire leur dépendance énergétique grâce à cette ressource, la France s’interdit tout simplement d’en parler.

Aussi bien sur le plan économique, écologique ou juridique, la France est restée au stade des estimations purement spéculatives. Le sujet est devenu tabou au point que le pays n’a pas encore entamé d'évaluations sérieuses sur le terrain. Il serait pourtant plus approprié de se baser sur la réalité des faits par des expérimentations concrètes.

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