Le film « Promised Land » va-t-il biaiser le débat sur la transition énergétique ?

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Le dernier film de Gus Van Sant écrit, produit et joué par l’acteur Matt Damon, "Promised Land", va faire son entrée dans les salles françaises officiellement le 17 avril prochain. Mais dès aujourd’hui, quelques 130 séances d’avant-premières sont organisées avec des débats et des conférences. Une manière d’ancrer le film dans le débat sur la transition énergétique. Mais les problèmes soulevés par Gus Van Sant et Matt Damon ne peuvent être transposés en France.

Dans le débat sur la transition énergétique, le sujet fâcheux auquel Delphine Batho, ministre de l’Ecologie, ne peut pas échapper ce sont les gaz de schiste. Véritable révolution en Amérique du Nord, de plus en plus développés partout dans le monde y compris en Europe, ils pourraient apporter une solution partielle aux émissions de CO2 et à l’emploi en France.

Mais la technique de fracturation hydraulique est interdite sur le territoire français depuis le 13 juillet 2011, à la suite d’un moratoire voulu par le gouvernement Fillon. Si le débat est juste, l’intervention de ce film au sein d’une problématique politique et écologique pourrait biaiser les échanges entre les pro et les contre gaz de schiste.

Car il y a une différence fondamentale entre les Etats-Unis et la France, et elle est liée au droits de propriété du sol et du sous-sol. Aux Etats-Unis, la propriété du terrain inclus la propriété du sous-sol jusqu’à plusieurs kilomètres de profondeur. Cela signifie que si sous votre maison il y a du pétrole, ce pétrole vous appartient au même titre que votre jardin.

En France, ce n’est pas le cas. Le sous-sol appartient à l’Etat et non aux privés. Toute ressource présente dans le sous-sol français est la propriété de l’Etat français qui peut décider de reverser une partie de sa valeur à un privé en guise de dédommagement.

Le film de Matt Damon traite justement du sujet du droit du sous-sol et de l’extraction des hydrocarbures qui y sont stockés. En ce sens, le personnage joué par Matt Damon doit convaincre les fermiers de Pennsylvanie de laisser les droits d’exploitation à sa compagnies, afin que celle-ci paye moins de Royalties aux propriétaires des terres.

C’est donc un aspect commercial qui est critiqué dans le film, beaucoup plus que l’aspect problématique de la technique de fracturation hydraulique. Mais cette critique ne peut s’adapter à la problématique française puisqu’il ne sera jamais question, pour les compagnies pétrolières, d’aller voir des privés pour les convaincre de les autoriser à forer.

Comme toute demande de permis ne se fait que par voie gouvernementale, aucune méthode biaisée ne peut influencer une décision. Le commentaire de Mme Batho sur ce film, « c'est un film éloquent sur l'envers du décor de l'essor des gaz de schiste aux Etats-Unis et notamment sur les méthodes des compagnies pétrolières », semble donc totalement hors propos dans le cadre du débat français sur les hydrocarbures non-conventionnels.

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