Pourquoi rapprocher le gaz de schiste et le gaz de Lacq ?

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Lors de récents entretiens, les anciens Premiers ministres, Michel Rocard (PS) et François Fillon (UMP), ont tous les deux fait le rapprochement entre le gaz de schiste et le gaz de Lacq, mais faisant un amalgame erroné avec la technique d’extraction par fracturation hydraulique. Les problématiques sur les progrès technologiques et les impacts économiques présentent cependant des similitudes.

En prévention contre les risques possibles sur l’environnement, la loi du 13 juillet 2011 interdit la fracturation hydraulique, qui est l’unique méthode d’extraction connue à ce jour pour exploiter le pétrole et gaz de schiste. Soulignons déjà que le problème se situe bien au niveau de la fracturation hydraulique et non pas au niveau du gaz de schiste en soi, car ce raccourci fréquent est bel et bien trop rapide.

Le 10 novembre dernier, Michel Rocard, confiait au quotidien Le Monde : « Quand on sait que le gaz de Lacq était extrait par fracturation hydraulique sans dégâts sur  place, on s’interroge. Or la France est bénie des dieux. Pour l’Europe, elle serait au gaz de schiste ce que le Qatar est au pétrole. Peut-on s’en priver ? Je ne le crois pas. »

Ces propos était repris trois jours après par François Fillon : « Comme Michel Rocard – décidément un des esprits les plus éclairés du pays – l’a dit : le gaz de Lacq était extrait par fracturation hydraulique et ça faisait de peine à personne. »

Pas de fracturation hydraulique pour le gaz de Lacq

Michel Rocard et François Fillon soutiennent tous les deux des propos erronés quand ils déclarent que « le gaz de Lacq était extrait par fracturation hydraulique ». La méthode d’extraction pour ce gaz de Lacq était tout autre, car « comme tous les gisements de la région Aquitaine, Lacq est naturellement fracturé », précise bien un chercheur de l’université de Pau et des pays de l’Adour.

Nicolas Terra, directeur général de Total Exploration-Production France (filiale qui gère les puits acquitains depuis la fusion d’Elf et Total), le confirme : « les réservoirs disposent, c'est exact, de réseaux de fractures naturelles. »

« La roche (du calcaire) a dû être stimulée, mais pas par fracturation hydraulique. La technique de l'acidification a été utilisée. Elle permet de faire migrer plus facilement les poches d'hydrocarbures vers le puits. C'est différent de la fracturation hydraulique, où l'injection à haute pression d'un fluide ouvre dans le schiste des fissures qui peuvent s'étendre sur plusieurs centaines de mètres », précise-t-il.

Mais pourquoi un tel rapprochement entre gaz de schiste et gaz de Lacq ?

Si le rapprochement entre le gaz de schiste et le gaz de lacq n’a pas lieu d’être au niveau technique, il est cependant intéressant d’un point de vue scientifique et économique. Dans le secteur du pétrole et du gaz, l’histoire du gaz de Lacq représente une réussite exemplaire, mêlant progrès scientifique et croissance économique.

En 1951, on découvrait 260 milliards de mètres cubes de gaz, dans la région Pyrénées-Atlantiques, dans les environs de la commune de Lacq. Mais cette ressource était riche en hydrogène sulfuré, produit très corrosif, se trouvait à plus de 3 000 mètres de profondeur, présentant ainsi de nombreuses difficultés technologiques.

Considéré comme toxique et dangereuse, les experts sont nombreux à vouloir simplement boucher ce puits. Mais la Société nationale des pétroles d’Aquitaine (SPNA) réussie après plusieurs années à concevoir une méthode efficace et sécurisée pour extraire le gaz de Lacq.

Fort de ce succès, la SPNA devient la plus grande usine de gaz en Europe en 1957, et devient Elf Aquitaine pour ensuite s’allier à Total. Les sociétés pétrolières assurent que si le gaz de Lacq était découvert aujourd’hui, son exploitation serait interdite. L’industrialisation de toute une région et la création d’une filière pétrolière et gazière nationale n’auraient ainsi par pu voir le jour.

Réactions et commentaires
Excellent article!
Charles Lamiraux | Le 17 novembre 2012 à 15:42:11
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