Le député PS Christian Bataille remet le gaz de schiste sur la table

Gaz de schiste en France

Deux ans après avoir rendu un rapport sur les solutions alternatives à la fracturation hydraulique, le député PS du Nord réitère sa volonté de voir la France s'engager dans l'exploitation. Sous un autre angle cette fois, celui du redressement de l'économie et de l'indépendance énergétique.

Le rapport rédigé conjointement par Christian Bataille (PS) et le député UMP Jean-Claude Lenoir en 2013 faisait état des possibilités techniques annexes à la fracturation hydraulique. Mais cette fois, c'est sous un autre angle que le député PS, en désaccord sur la question avec son parti, argumente en faveur du gaz de schiste français.

Car c'est en revenant d'un voyage aux Etats-Unis spécialement dédié à la question que le député accompagné cette fois d'André Schneider (UMP) a pu mesurer tout l'impact positif d'une exploitation à grande échelle. Un "miracle énergétique" qu'ils ont pu observer, insistant même sur le fait que "l'ampleur du renouveau économique américain est spectaculaire. On parle même de la révolution du gaz de schiste" .

Un changement profond dans la politique énergétique du pays

Christian Bataille avance comme autre argument phare le fait que les Etats-Unis ont redistribué les cartes de l'approvisionnement énergétique en leur faveur. En développant la filière du gaz de schiste, il faudra désormais compter sur la Superpuissance US comme un acteur de tout premier plan sur la question. Voire même rapidement le leader mondial.

Plus encore, la nation à la bannière étoilée a réussi le pari de l'indépendance énergétique. Et selon Christian Bataille, la France serait bien inspirée de chercher à en faire autant.

Et il y voit plusieurs grandes raisons à cela.

Tout d'abord, la crise du gaz russe fait peser un sérieux doute quant à l'approvisionnement futur du pays. L'exploitation du gaz de schiste en France permettrait d'y remédier avec efficacité.

Second point et non des moindres : la demande en énergie ne cessera d'augmenter au fil des années, aussi est-il stratégique de se positionner rapidement sur le créneau d'une exploitation digne de ce nom.

Par ailleurs, Christian Bataille enfonce le clou en rappelant que la prochaine disette en énergies fossiles prédite par certains est dorénavant infondée : "la pénurie annoncée d'hydrocarbures n'aura pas lieu et notre pays va consommer du gaz pour des décennies encore".   

Enfin, opter pour le développement de la filière en France permettrait de booster l'offre, de dynamiser le marché mondial, et de permettre au pays d'en récolter les fruits en termes d'emplois mais également en termes de recettes. Car il serait alors tout à fait imaginable que la France elle aussi devienne un fournisseur de premier ordre en gaz naturel.

Bien que le gouvernement actuel ait pour le moment fermé toutes les portes au gaz de schiste en France, le fait qu'un député du même bord politique que le Pouvoir central s'exprime favorablement sur la question fera peut-être bouger les lignes. 

Réactions et commentaires
Les géologues, les pétroliers, les économistes s'accordent pour dire que le modèle américain n'est pas transposable tel quel en France ni en Europe : la géologie, la démographie, l'occupation des territoires, l'hydrologie sont trop différentes, ainsi que la place e l'énergie dans l'économie. Il est faux de dire que les USA sont autonomes en gaz et en pétrole : ils importent massivement du Canada, du Mexique par exemple. Depuis plusieurs mois, les entreprises réduisent les forages et suppriment des milliers d'emplois dans le gaz de schiste, faute de rentabilité. Pour faire "aussi bien" que les USA, il faudrait forer en Frnace des dizaines de milliers de puits, pour couvrir en partie nos besoins, et tout serait épuisé dans une génération ; est-ce une solution d'avenir ? Notre approvisionnement vient de Russie, du Kazakhstan, de Norvège, d'Ecosse, du Canada, d'Algérie... et repose sur des contrats de long terme, difficiles à faire bouger : au niveau des prix actuels, le gaz de schiste ne serait pas rentable. Et quid des dégâts environnementaux, des séismes, des émissions de méthane, des risques sur l'eau potable, de la destruction d'emplois touristiques ou agricoles , etc ? Le député Bataille n'a-t-il rien rien lu, rien entendu, rien vu de tout cela lors de son voyage ? La lutte contre le réchauffement climatique (rappelons que la France organise la prochaine conférence mondiale à l'automne !) exige que l'on diminue la consommation d'énergies fossiles. Pas parcequ'on en manque, mais parcequ'on en utilise trop. Il y a sans doute mieux à faire, dans les énergies renouvelables, le stockage de l'électricité, l'efficacité énergétique, la lutte contre le gaspillage, bref pour une économie moderne, nouvelle, innovante - comme l'AIE vient d'ailleurs d'en rappeler la nécessité. Le conservatisme, l'obscurantisme, la ringardise me semblent plutôt être l'apanage de ceux qui veulent un futur à l'image du passé, et prolonger l'exploitation à tout-va des hydrocarbures fossiles, au lieu de promouvoir des politiques énergétique et économique plus innovantes.
Nicolas Daures | Le 12 mai 2015 à 17:51:28
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